Récemment, une bénéficiaire de l’Accueil de jour me parlait de la chance qu’elle avait d’être si bien entourée. Autour d’elle, il y a des professionnels de la santé compétents, attentifs, présents dans les soins et les gestes du quotidien. Elle en était reconnaissante.
Mais, lorsqu’elle évoquait ce qui lui permettait de continuer à vivre chez elle, elle insistait sur autre chose : la présence fidèle des bénévoles.
Semaine après semaine, ils sont là. Ils viennent la voir, prennent le temps de parler, parfois de ne rien dire. Une présence toute simple, mais qui, pour elle, fait une vraie différence. Elle me disait combien ces moments contribuent à la qualité de ses journées et, surtout, à la possibilité de rester chez elle.
Puis elle a souri et m’a lancé une phrase qui m’est restée :
« Avec eux, le maintenant, c’est réellement une main qui tient. »
Main tenant.
Le jeu de mots était simple. Et pourtant, il disait énormément.
Parce que le bénévole ne vient pas soigner. Il ne vient pas avec un protocole, un traitement ou un objectif thérapeutique. Il vient avec quelque chose de beaucoup plus difficile à mesurer : sa présence.
Et derrière cette présence, il y a une main tendue. Une main disponible. Une main qui accompagne sans diriger, qui soutient sans prendre la place de l’autre.
Cette phrase m’a aussi fait repenser à quelque chose d’essentiel en soins palliatifs : derrière chaque maladie, il y a une personne.
Une personne avec son histoire, ses souvenirs, ses habitudes, ses goûts, ses petites manies, les musiques qu’elle aime, les livres qu’elle a lus, les endroits où elle a vécu, les rencontres qui ont compté.
Une personne qui continue d’avoir envie de rire, de parler de choses banales, de regarder par la fenêtre, de raconter une anecdote ou simplement de partager un café.
Lorsque la maladie grave s’installe, il est facile, malgré toute notre bienveillance, de ne plus voir que la maladie. Le patient devient parfois un diagnostic, des symptômes, un pronostic, des soins à organiser.
Le regard professionnel est forcément clinique : il observe, évalue, surveille, soulage, soigne.
Et tout cela est indispensable.
Mais l’être humain ne se résume jamais à ce que la maladie lui fait.
C’est peut-être là que les bénévoles ont une place si particulière.
Ils font entrer dans la chambre, dans la maison ou à l’Accueil de jour quelque chose du monde d’avant. Le monde qui existait avant les rendez-vous médicaux, avant les traitements, avant les symptômes.
Le monde des conversations qui ne parlent pas forcément de santé. Celui d’une balade, d’un café, d’un jeu de cartes, d’une chanson, d’un souvenir qui revient et fait sourire.
Parfois, il ne se passe presque rien.
Et pourtant, il se passe beaucoup.
Parce que, pendant un moment, la personne n’est plus seulement « la malade ». Elle redevient simplement elle-même.
C’est peut-être tout le paradoxe du bénévolat en soins palliatifs : sa force est précisément de ne pas soigner.
Le bénévole n’a pas de geste technique à réaliser. Il n’a pas d’objectif thérapeutique à atteindre. Il n’a pas à « réussir » sa visite. Il est là. Tout simplement.
Cette gratuité de la relation est précieuse. Elle laisse une place à l’imprévu, au silence, au rire, à l’émotion. Elle permet une rencontre qui n’est pas guidée par la maladie.
Et puis il y a le temps.
Une main qui tient n’est pas une main qui passe rapidement.
C’est une présence qui revient. Une présence qui devient familière, rassurante. Semaine après semaine, le bénévole finit parfois par devenir un petit repère dans un quotidien bouleversé par la maladie.
Notre bénéficiaire l’avait très justement compris : cette présence peut contribuer au maintien à domicile.
Mais au-delà de cela, elle contribue surtout à maintenir quelque chose de profondément humain : le lien.
Accompagner sans soigner.
Être présent sans être intrusif.
Écouter sans chercher à réparer.
Partager un moment sans attendre quelque chose en retour.
Et parfois, simplement, tenir une main.
Une main qui dit : je suis là.
Alors oui, le maintenant peut devenir une main tenante.
Une main qui ne guérit pas.
Mais une main qui soutient.
Une main qui accompagne.
Une main qui rappelle, peut-être plus que tout autre geste, que même lorsque la maladie prend beaucoup de place, personne ne devrait avoir à traverser ce chemin seul.



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