Au-delà du réconfort: la véritable portée de la musicothérapie en soins palliatifs

L’ouïe est considérée comme l’un des premiers sens à devenir fonctionnel in utero et le dernier à s’éteindre lors du processus de fin de vie.

Cette affirmation ne relève pas d’une simple intuition clinique, mais repose sur des données scientifiques. En 2020, une équipe de l’Université de la Colombie-Britannique a mené la première étude¹ par électroencéphalogramme (EEG) auprès de patients en phase agonique, en unité de soins palliatifs.

Les résultats ont montré que les cerveaux de patients inconscients, à quelques heures du décès, continuaient de répondre à des stimuli sonores de manière comparable à ceux de sujets jeunes et en bonne santé.

Cette spécificité confère à la dimension sonore et musicale une place singulière dans l’accompagnement des personnes en soins palliatifs.

En mobilisant ce canal sensoriel privilégié, la musicothérapie offre un moyen d’entrer en relation avec le patient, même lorsque les capacités de communication verbale sont altérées, voire absentes.

Dans ce contexte, la musicothérapie ne vise pas la guérison, mais l’amélioration de la qualité de vie.

Elle contribue notamment à réduire l’anxiété, à atténuer la douleur et à favoriser un état de relaxation.

Les sons, les rythmes et les mélodies agissent comme des médiateurs émotionnels, facilitant l’expression de ressentis parfois difficiles à verbaliser, tels que la peur, la tristesse ou encore l’acceptation de la fin de vie.

Par ailleurs, la musique possède un fort pouvoir évocateur.

Elle peut raviver des souvenirs, renforcer le sentiment d’identité et offrir des moments de réconfort.

Dans certaines situations, une chanson significative pour le patient permet de recréer un lien avec son histoire personnelle et ses proches, contribuant ainsi à maintenir une forme de continuité dans un moment marqué par la rupture.

La musicothérapie peut également soutenir les proches et les soignants.

Elle crée un espace partagé, propice à la communication non verbale, à la présence et à l’accompagnement.

Dans ces instants, la musique devient un langage commun, capable de dépasser les mots et de soutenir une relation empreinte d’humanité.

Enfin, dans les derniers moments de vie, lorsque les autres sens déclinent, la présence sonore — qu’il s’agisse de musique, de la voix ou même de simples vibrations — peut constituer une source de réassurance.

Elle participe à la création d’un environnement apaisant, respectueux du rythme et des besoins du patient, et contribue à accompagner la personne avec dignité jusqu’à la fin.

Ainsi, même lorsque le cerveau ne peut plus manifester de réponse observable, il demeure sensible aux stimulations auditives.

Les implications pour les pratiques soignantes sont considérables.

En unité de soins palliatifs, à domicile ou en EMS, la musicothérapie réceptive — fondée sur l’écoute de musique choisie — occupe une place de plus en plus reconnue.

Elle ne se limite pas à « adoucir l’atmosphère » : elle participe pleinement à l’accompagnement thérapeutique.

Comme le souligne la musicothérapeute Jacqueline Léon² dans une revue récente, la musicothérapie peut créer un espace transitionnel, entre le monde des vivants et ce qui advient ensuite.

En ce sens, elle s’inscrit pleinement dans une approche globale et humaniste des soins palliatifs, en valorisant la dimension sensible et relationnelle du soin.

Plus qu’un simple confort, elle peut accompagner un véritable cheminement intérieur.

La musique, en phase agonique, joue très probablement un rôle majeur.

Dès lors, son intégration dans les pratiques — en unité de soins palliatifs, à domicile ou en EMS — apparaît non seulement pertinente, mais essentielle.


¹ Blundon, Gallagher & Ward, Scientific Reports, 2020.
² Jacqueline Léon, revue récente sur la musicothérapie en soins palliatifs.


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